| 10. LES INTERFÉRENCES ATOMIQUES |
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10.1. La longueur donde de Louis de Broglie |
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En 1923, le physicien français Louis de Broglie, lun des pionniers de la mécanique quantique, a formulé lhypothèse suivante : à toute particule animée dune quantité de mouvement p est associée une longueur donde l = h/p, où h est la constante de Planck. Autrement dit, tout corpuscule matériel possède des propriétés ondulatoires caractérisées par une longueur donde l inversement proportionnelle à sa masse M et à sa vitesse V (car p = MV pour les vitesses V petites par rapport à la vitesse de la lumière). Cette hypothèse généralisait aux particules dotées dune masse la « dualité onde-corpuscule » que lon constatait pour les photons, ceux-ci étant caractérisés à la fois par une longueur donde et par des valeurs bien déterminées de la quantité de mouvement et de lénergie. |
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10.2. Linterférence, phénomène ondulatoire par excellence |
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Qui dit onde dit aussi phénomènes dinterférence, puisquen superposant deux ondes identiques mais déphasées, on peut obtenir un renforcement de lamplitude totale ou au contraire sa diminution, voire son annulation, suivant la valeur du déphasage. Considérons par exemple la célèbre expérience dite des fentes de Young : une source lumineuse monochromatique, cest-à-dire émettant à une fréquence bien définie, éclaire une plaque percée de deux fentes parallèles. Londe initiale, en passant par les fentes, se dédouble en deux ondes. Un écran de détection placé plus loin enregistre lintensité lumineuse : le résultat est une alternance de bandes sombres et brillantes. Ces « franges dinterférence » résultent de la superposition des deux ondes provenant des fentes, ondes qui ne suivent pas le même chemin pour arriver à un même point de lécran et sont donc généralement déphasées : la variation du déphasage dun point à lautre sur lécran se traduit alors par une variation spatiale de lintensité enregistrée. |
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Les phénomènes dinterférence sont lune des principales manifestations des propriétés ondulatoires. Il en est de même des phénomènes de diffraction, qui peuvent dailleurs être considérés comme le résultat dun grand nombre dinterférences. Cest la diffraction des électrons par un cristal qui a permis, en 1927, de confirmer lhypothèse de De Broglie pour ce qui concerne les électrons (expérience de Davisson-Germer). Depuis, les interférences dondes de matière ont été observées pour dautres types de particules (neutrons lents en particulier). Mais pour les atomes à température ambiante, cest plus difficile. Les longueurs donde correspondantes sont très faibles : par exemple, la longueur donde dun atome dhélium se déplaçant à une vitesse de lordre de 1 000 m/s (typique pour un gaz à température ambiante) vaut environ 0,1 nanomètre (1010 m). Et plus latome est lourd, plus la longueur donde est petite. Or lespacement des franges dinterférences est proportionnel à la longueur donde, doù la difficulté dobserver des interférences avec des atomes : linterfrange est en général trop petit. |
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10.3. |
Des interférences atomiques grâce aux microstructures diffractives et aux techniques de manipulation par laser |
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Pourtant, dès le début des années 1990, les physiciens sont parvenus à réaliser et mesurer des interférences avec des atomes, à linstar des interférences lumineuses depuis longtemps familières. Et ce grâce à deux techniques, que lon peut dailleurs panacher. Lune consiste à agir sur un jet datomes en le faisant passer par des structures diffractives (un réseau de minuscules fentes par exemple). Avec les progrès des techniques de microfabrication, on sait aujourdhui obtenir des structures régulières dont la périodicité spatiale descend jusquà quelques dizaines de nanomètres ; à cette échelle, qui sapproche de lordre de grandeur des longueurs donde atomiques, les effets ondulatoires deviennent mesurables. Ainsi, avec des structures diffractives, on peut faire avec les atomes des expériences du type des franges de Young : dédoubler une onde atomique, faire suivre à chacune des deux ondes résultantes un trajet différent, et enregistrer le résultat de leur superposition sur un écran de détection. |
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Deuxième technique permettant de réaliser des interférences atomiques : les interactions avec la lumière laser. Une interaction appropriée avec un photon peut par exemple faire passer un atome de son état quantique initial à une superposition de deux états quantiques différents, ce qui signifie que londe atomique initiale se voit dédoublée en deux ondes de caractéristiques différentes. Une interaction ultérieure avec la lumière peut faire linverse, cest-à-dire recombiner les deux ondes ; on obtient alors des interférences. |
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Comme on la vu, les techniques laser permettent aussi de ralentir et refroidir des atomes. Or quand la vitesse dun atome diminue, sa longueur donde augmente. Et plus celle-ci est grande, plus les effets ondulatoires sont faciles à mettre en évidence. Par exemple, une expérience dinterférences atomiques réalisée par une équipe japonaise en 1992 a consisté à immobiliser et refroidir avec une mélasse optique une assemblée datomes de néon, puis à laisser tomber en chute libre ce nuage datomes au-dessus dune plaque percée de deux fentes microscopiques. Comme avec les ondes lumineuses, chaque onde atomique se dédouble à son passage par les deux fentes, et la superposition de ces deux ondes produit des franges dinterférence sur un écran de détection placé un peu plus bas. La vitesse des atomes à ce niveau est de lordre de 2 m/s seulement, doù une longueur donde de De Broglie valant environ 15 nanomètres ; avec une distance fentes-écran égale à 85 cm et des fentes écartées de 6 microns, linterfrange vaut environ 2 mm, ce qui est aisément observable. |
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Expérience dinterférences atomiques réalisée en 1992 par une équipe japonaise de l'université de Tokyo: |
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Les atomes, immobilisés et refroidis, sont lâchés au-dessus des fentes ; ils tombent jusquà lécran de détection, où chaque point noir correspond à l'impact d'un atome. La densité des impacts dessine une alternance de bandes sombres et claires : les franges dinterférence. La densité en un point de lécran est proportionnelle à la probabilité qua un atome de se retrouver en ce point. Cette probabilité est elle-même proportionnelle au module carré |A1 + A2|2 de la somme des amplitudes A1 et A2 des deux ondes atomiques évaluées en ce point. |
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10.4. Des interférences atomiques, pour quoi faire ? |
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Dans un interféromètre lumineux, les ondes voyagent... à la vitesse de la lumière, cest-à-dire très vite ! Avec des atomes, cest différent : les ondes atomiques, beaucoup plus lentes, passent un temps relativement long dans linterféromètre. Il sensuit une grande sensibilité des dispositifs à interférences atomiques, sensibilité vis-à-vis des éventuelles interactions auxquelles les atomes sont soumis. Cette sensibilité peut être mise à profit pour des mesures très précises, par exemple de laccélération de la pesanteur (applications possibles à la prospection minière ou pétrolière...), de la masse dun atome (pour des tests de certaines lois fondamentales de la physique), de la rotation subie par linterféromètre (qui devient alors un gyromètre), etc. Autre avantage des ondes atomiques, par rapport aux ondes lumineuses : on peut accéder à une gamme de longueurs donde plus étendue, allant grosso modo du micron au nanomètre, alors que les longueurs donde lumineuses tournent seulement autour du micron. Par ailleurs, les interférences atomiques sont exploitées pour faire de lholographie avec des atomes. Par exemple, en constituant une figure dinterférence, on fabrique du même coup une microstructure, ce qui ouvre la voie à des techniques microlithographiques encore plus fines que celles existant actuellement (pour les besoins de la microélectronique en particulier). |