| 11. LA CONDENSATION DE BOSE-EINSTEIN |
|
Vers 1925, Albert Einstein, en approfondissant une idée du physicien indien Satyendranath Bose, avait prédit que dans un gaz datomes identiques et sans interactions mutuelles, un étonnant phénomène devait se produire à basse température si la densité est suffisamment grande. Daprès Einstein, si la longueur donde de De Broglie des atomes devenait du même ordre que les distances interatomiques (cette longueur donde est généralement beaucoup plus petite), alors une fraction importante des atomes devrait s'accumuler dans létat fondamental de l'enceinte qui contient les atomes, cest-à-dire dans le même état quantique dénergie minimale. Cette « condensation » ne concerne pas nimporte quelles particules, mais uniquement les bosons, cest-à-dire les particules dont le spin le moment cinétique intrinsèque est un multiple entier de la constante de Planck réduite h/(2p). Les autres particules, les fermions, dont le spin est demi-entier, ne peuvent subir la « condensation de Bose-Einstein » : un principe fondamental de la physique quantique, le « principe dexclusion de Pauli », interdit à deux fermions identiques doccuper le même état. |
Lidée de la condensation de Bose-Einstein resta longtemps dans les tiroirs. La prédiction dEinstein ne fut reconsidérée que vers 1937, avec la découverte de la superfluidité de lhélium à très basse température. Fritz London proposa lexistence dun lien entre ce phénomène et la condensation de Bose-Einstein, ce qui est le point de départ des théories actuelles sur la superfluidité. Mais il y a des différences importantes. Ainsi, dans le cas de lhélium superfluide, la proportion datomes condensés dans létat fondamental est faible (de lordre de 10 % au plus, même à une température arbitrairement basse), en raison des interactions entre les atomes qui jouent ici un rôle essentiel. Une situation à certains égards plus proche dun condensat de Bose-Einstein est celle de la lumière laser : dans un faisceau laser, tous les photons se trouvent dans le même état quantique (même énergie, même direction, même fréquence, même phase, etc.), et cest ce qui confère à la lumière laser ses propriétés si particulières. |
|
Le sujet a connu un regain dintérêt avec lavènement des techniques de piégeage et de refroidissement datomes par laser. Grâce aux très basses températures (et donc aux grandes longueurs donde de De Broglie) atteintes, les chercheurs avaient bon espoir dobtenir enfin la condensation de Bose-Einstein; celà pour des densités suffisamment basses pour que les interactions mutuelles entre atomes ne masquent pas leffet de condensation. Effectivement, en 1995, une équipe américaine du Colorado, dirigée par Eric Cornell et Carl Wieman, est parvenue à obtenir pendant quelques secondes un condensat de Bose-Einstein ; il était constitué de quelques milliers datomes de rubidium prérefroidis par laser, puis refroidis plus avant par « évaporation » dans un piège magnétique. |
![]() |
|
Des expériences du même type ont été réalisées depuis par de nombreusess équipes de physiciens, et la condensation de Bose-Einstein a été également observée avec des atomes de sodium (équipe du MIT), de lithium (équipe de Houston), dhydrogène (équipe du MIT). |
|
Ce nouvel état de la matière que représentent les condensats atomiques offre plusieurs voies à explorer. Lune delles est évidemment létude des propriétés physiques (par exemple léquivalent de la superfluidité observée dans lhélium liquide) des condensats. Une autre est la réalisation de lasers à atomes, cest-à-dire dinstruments capables de délivrer un faisceau datomes se trouvant tous dans le même état, à linstar des photons dun rayon laser. Cela rendrait de grands services à loptique et linterférométrie atomiques, à la chimie (étude de réactions entre deux faisceaux atomiques dans des conditions très bien définies et contrôlées, condensats de molécules, etc.). Plusieurs équipes de physiciens sont parvenues, dès 1997, à produire un effet laser avec des atomes, le principe étant de former dabord un condensat puis dextraire par un moyen adéquat une partie des atomes condensés. Mais beaucoup de chemin reste à parcourir avant darriver à des flux atomiques dintensité et de durée appréciables... |