| 9. LES HORLOGES ATOMIQUES |
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Quand les atomes sont lents, on peut les observer longtemps, ce qui offre la possibilité de mesurer avec grande précision la fréquence correspondant à une transition entre deux niveaux dénergie atomiques. Les horloges les plus précises à ce jour sont les horloges atomiques, dont le principe utilise une fréquence associée à une transition atomique. On comprend donc que le refroidissement datomes soit intéressant pour mettre au point des horloges encore plus performantes. Ainsi, depuis 1998, lhorloge la plus précise au monde est lhorloge à atomes froids du BNM-LPTF (Bureau national de métrologie, Laboratoire primaire du temps et des fréquences), à lObservatoire de Paris. |
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9.1. Principe dune horloge atomique |
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Les horloges atomiques ont été mises au point dès le milieu des années 1950. Leur précision et leur stabilité sont telles quelles constituent aujourdhui les étalons de temps (ou de fréquence). Depuis la Conférence générale des poids et mesures de 1967, « la seconde est la durée de 9 192 631 770 périodes de la radiation correspondant à la transition entre les deux niveaux hyperfins de létat fondamental de latome de césium 133 ». Les deux niveaux en question correspondent aux deux orientations relatives possibles (parallèle ou anti-parallèle) du moment magnétique de l'électron externe et du moment magnétique du noyau. |
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Comment fonctionne une horloge atomique ? Prenons lexemple dune horloge à césium. Un jet datomes de césium est produit par un four ; les atomes passent par un dispositif approprié (champ magnétique, par exemple) qui sélectionne les atomes se trouvant dans le premier niveau hyperfin. Ces atomes traversent ensuite une cavité dans laquelle règne un champ micro-onde de fréquence ajustable, fourni par un oscillateur électronique. Notons (a) le premier niveau hyperfin, et (b) le deuxième. Si la fréquence n du champ est voisine de la fréquence n0 = (Eb Ea)/h correspondant à la transition entre les deux niveaux hyperfins, des atomes absorbent un photon et passent dans le niveau supérieur (b). À la sortie de la cavité, un second tri permet de détecter les atomes ayant subi la transition (lémission spontanée à partir du niveau (b) est totalement négligeable dans ce domaine de fréquence). Un système dasservissement ajuste la fréquence n du champ de façon que le nombre datomes ainsi recueillis soit maximal : la fréquence n est alors égale à n0. Des moyens électroniques permettent ensuite de diviser la fréquence de loscillateur et, au bout du compte, de fournir un top toutes les secondes avec une exactitude relative denviron 1014, cest-à-dire quau bout de 3 millions dannées, lerreur accumulée par lhorloge serait inférieure à une seconde... |
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9.2. La méthode des franges de Ramsey |
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On peut démontrer que la raie de résonance, cest-à-dire le pic de la courbe représentant le nombre datomes ayant subi la transition en fonction de la fréquence n, est de largeur inversement proportionnelle au temps passé par les atomes dans la cavité de lhorloge. Cette largeur de raie est un paramètre crucial pour lhorloge atomique. Pour avoir une raie de résonance très étroite, et donc une détermination très précise de n0, on pourrait songer à allonger la cavité. Mais il est très difficile de réaliser une longue cavité, par exemple de un mètre, de qualité suffisante. |
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En 1949, le physicien américain Norman F. Ramsey a inventé une méthode performante pour obtenir une raie de résonance très étroite, ce qui lui a valu le prix Nobel en 1989. Il a découvert que plutôt que de faire passer les atomes dans une longue cavité, il revient au même de leur faire traverser deux cavités espacées dune certaine distance ; ce qui importe alors est le temps de vol entre les deux cavités. Dans une telle situation, le nombre datomes détectés oscille (doù le terme de « franges de Ramsey ») lorsque la fréquence n de loscillateur balaye le voisinage de la fréquence de résonance n0, la largeur de chaque frange étant inversement proportionnelle au temps de vol entre les deux cavités. |
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En espaçant donc suffisamment les deux cavités, on a un moyen de cerner n0 avec une grande précision. Avec deux cavités micro-onde espacées de un mètre et un jet atomique de vitesse 300 m/s, la largeur du pic de résonance est ainsi de lordre de 100 Hz. |
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9.3. La fontaine atomique |
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La largeur du pic de résonance pourrait
être réduite en allongeant la distance entre les deux cavités dans la
méthode des franges de Ramsey. Mais cela donnerait des dispositifs encore
plus encombrants. |
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Avec une fontaine haute de un mètre, le temps qui sépare les deux passages par la cavité est de lordre de la seconde, ce qui est cent fois plus quavec un jet atomique conventionnel. Cest pourquoi plusieurs dizaines de laboratoires de métrologie dans le monde développent des horloges atomiques à fontaine. LENS a ainsi collaboré depuis 1989 avec le BNM-LPTF, à lObservatoire de Paris, pour développer ces horloges à fontaine atomique. Celle du BNM-LPTF, mise au point dès 1994, utilise des atomes de césium et son exactitude relative est aujourdhui de 1,4 x 1015 (erreur denviron une seconde tous les vingt millions dannées !). |
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9.4. Des horloges à atomes froids dans lespace |
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Dans une fontaine atomique, le temps qui sépare les deux interactions avec la cavité micro-onde est limité par laccélération de la pesanteur. Doù lidée de faire fonctionner des horloges à atomes froids en situation de microgravité, à bord de satellites en particulier. Des expériences de refroidissement ont été conduites en 1992 par les physiciens de lENS en collaboration avec le CNES (Centre national détudes spatiales), lors dune série de vols paraboliques en Caravelle permettant dobtenir des séquences dune vingtaine de secondes en gravité réduite. Une deuxième campagne, menée par lENS, le BNM-LPTF et le Laboratoire de lhorloge atomique du CNRS, a eu lieu en 1997 avec lAirbus zéro G du CNES ; cette deuxième série dessais a consisté à faire fonctionner un prototype complet dhorloge à atomes froids en apesanteur. Cette démonstration représente un pas important vers la réalisation dhorloges à atomes froids embarquées sur satellite, qui seraient dix fois plus précises que les meilleures horloges terrestres. Cest lobjet du projet PHARAO (Projet d'Horloge Atomique par Refroidissement d'Atomes en Orbite), soutenu par le CNES, et qui a été sélectionné par l'ESA (Agence spatiale européenne) pour voler sur la station spatiale internationale fin 2004. |
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9.5. Les applications des horloges atomiques |
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Les horloges atomiques servent tout dabord à établir une échelle de temps mondiale, le « temps atomique international » (TAI). Pour cela, on centralise au Bureau international des poids et mesures, à Sèvres, en France, les données fournies par près de deux cents horloges atomiques de par le monde. Cest leur moyenne pondérée qui constitue le TAI ; chaque laboratoire reçoit alors lécart mesuré entre le temps indiqué par son horloge et le TAI, ce qui permet deffectuer des corrections. |
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Les systèmes de navigation tels que le GPS (Global Positioning System) américain ou le GLONASS (Global Navigation Satellite System) russe font également appel à des horloges atomiques. Le GPS, par exemple, utilise un réseau de satellites et permet à un navigateur ou à un randonneur de déterminer sa position à quelques dizaines de mètres près. Chaque satellite envoie des signaux radio contenant des informations sur sa position et linstant démission, données fournies de façon très précise grâce à lhorloge atomique embarquée. Le calcul de la position du récepteur peut alors seffectuer par triangulation en déterminant les distances séparant le récepteur de trois au moins des satellites (la distance est le produit de la vitesse de la lumière par le temps mis par les signaux pour parvenir au navigateur). |
Citons pour finir trois autres applications des horloges atomiques : la synchronisation des réseaux de télécommunications à haut débit (à léchelle de 10 gigabits par seconde), la télécommande de sondes spatiales lointaines, et les tests expérimentaux de la théorie de la relativité restreinte ou générale dEinstein. |